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Paul Virilio a élaboré le théorème suivant : « Tout progrès technique génère son accident ». Partant de là, la géohistoire des techniques exige une autre chronologie, une autre présentation et une autre appréciation. Il n’est plus possible de croire en un « progrès technique » dispensant ses bienfaits sans prendre en considération sa part d’ombre, d’où l’idée d’associer au musée des arts et techniques, un musée des accidents... Avec l’hégémonie de la vitesse, devenue le seul critère du progrès technique, le couple espace/temps a divorcé. Dorénavant chacun se déploie indépendamment de l’autre. Ce qui bouleverse la géopolitique. Celle-ci combine dorénavant temps réel et géolocalisation dans l’approche de n’importe quelle situation. Ainsi se précise une nouvelle manière de penser qui s’émancipe de la géographie physique pour inventer une géographie environnementale tributaire du dérèglement climatique et de l’empreinte écologique des activités humaines et de la géographie politique des États-nations pour lui substituer une géodémographie des migrations qui résultent de l’urbanisation généralisée, de la déforestation, de la poubellisation des océans, etc. De livre en livre, depuis 1975, Paul Virilio repense les territoires à partir des mutations technologiques, analyse « l’écologie grise », annonce l’outre-ville. Il est temps de s’attarder sur « la géopolitique de l’accident » qui façonne le monde, notre monde... 

Thierry Paquot (janvier 2020)

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Intervenants

La lenteur comme accident.

Laurent Vidal

L’accident, rappelle Paul Virilio, c’est ce qui arrive - un événement.

L’évènement, en ce qui concerne la lenteur, est double. D’une part, l’imposition, à l’aube de la modernité, d’une lecture discriminante de la lenteur, comme stigmate que l’on accole à ceux qui ne peuvent accompagner le rythme du monde moderne - les Hommes lents. Quand la lenteur sert à discriminer !
D’autre part, le surgissement, chez ces mêmes Hommes lents, de ruses rythmiques pour déjouer la sensation oppressante d’un rythme soutenu et isochrone, qui s’est diffusé à l’ensemble des activités sociales au cours de modernité industrielle. Quand la lenteur sert à résister ou ré-exister !

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Photo : Astrid di Crollalanza © Flamarion

Laurent Vidal, né en 1967, est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble et titulaire d’un doctorat en histoire (IHEAL - Paris III). Il est professeur des universités en histoire à l’université de La Rochelle (depuis 2007). Il a été professeur invité de l’université fédérale de Goiás (Brésil - 2000), de l’université fédérale de Rio de Janeiro (2008, 2017), de l’Université d’Etat de São Paulo (2011), et de l’Université Fédérale du Rio Grande do Norte (2018). Il est membre correspondant étranger de l’Institut Historique et Géographique Brésilien (depuis 2013).

Ses ouvrages portent sur la question des liens entre ville et politique [De Nova Lisboa à Brasília, l’invention d’une capitale (XIXe – XXe siècles), éd. de l’IHEAL, 2002 ; Les larmes de Rio : le dernier jour d’une capitale, Aubier “Collection Historique”, 2009], sur les villes en déplacement [Mazagão, La ville qui traversa l’Atlantique. Du Maroc à l’Amazonie (1769 – 1783), Aubier “Collection Historique”, 2005 ; Ils ont rêvé d’un autre monde. 1841 : 500 Français partent au Brésil fonder un nouvel Eden, Flammarion, 2014], ainsi que les rythmes sociaux [Les territoires de l’attente. Migrations et mobilités dans les Amériques (XIXe-XXIe siècles), PUR, 2014 ; Les Hommes lents. Résister à la modernité, XVe-XXe siècle, Flammarion, 2020].

Géopolitique de la vapeur et généalogie de l’accident au XIX  siècle.

François Jarrige 

L’imposition à partir du XIXe siècle d’un nouveau système énergétique fondé sur la puissance des machines productives et des combustibles fossiles a inauguré une nouvelle ère du risque et de l’accident. En revenant sur la façon dont les accidents ont modelé la genèse des sociétés thermo-industrielles et technicienne du XIXe siècle, comment ils ont été peu à peu naturalisés à travers un fatalisme prométhéen et industrialiste, nous explorerons les origines et la genèse du nouveau régime de l’accident devenu un élément fondamental de notre condition moderne.

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François Jarrige est Historien, maître de conférences à l’université de Bourgogne et membre de l’institut universitaire de France. Il s’intéresse à l’histoire sociale et environnementale des sociétés industrielles. Il a notamment publié : Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, Paris, La Découverte. 2014 ; [avec E. Fureix], La modernité désenchantée. Relire l’histoire du XIXe siècle français, Paris, La Découverte, 2015 ; [avec T. Le Roux], La contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âge industriel, Paris, Le Seuil, coll. « L’univers Historique », 2017 et dernièrement (avec A. Vrignon) : Fragilité de la puissance. Une histoire des énergies alternatives, Paris, La Découverte, 2020.

Entre biologique et numérique : l'accident comme vecteur d'architectures complexes ?

Claire BAILLY

En matière d'architecture, de paysage et d'urbanisme, l'accident ou la catastrophe se traitent désormais par la résilience. Souvent simplifiée, cette dernière émerge soit de simulations numériques discutables soit de techniques environnementales passe-partout. L'éco-quartier répond à la smart city. Une fois de plus, numérique et environnement s'opposent mais ils produisent les mêmes effets de stéréotypie.

Pourtant, écologie et digital ont en commun leur capacité à saisir la complexité du monde. La première fait science de la complexité du vivant – où l'accident n'est autre qu'un moteur de diversité et de néguentropie. Le numérique, par data-mining, capture, traite, et rend accessible la complexité ; il constitue également de la néguentropie par deep-learning.

Depuis la cybernétique, les sciences du vivant n'ont cessé de fonder leurs méthodes sur la modélisation et l'algorithme. S'y sont développés les concepts d'auto-organisation, de propriétés émergentes, d'effets de seuil, de rétro-action.

Ces notions sont le socle de l'écologie et de la vraie résilience ; l'algorithme, lui, permet de les comprendre et de les orienter. Dès lors, comment ne pas réviser nos approches des milieux, naturels ou artificiels ? Comment ne pas ré-interroger la place du numérique, celle du vivant, et leurs relations mutuelles, au sein de nos méthodes de projétation ?

Et si l'accident était une clef de nos futures démarches de conception ? Et s'il permettait de reprendre pied dans l'écologie, le numérique et l'humain pour créer de nouvelles résiliences culturelles ?

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Claire Bailly est paysagiste, urbaniste, architecte, maître de conférences à l’École Nationale Supérieure d’architecture de Paris-Val de Seine, chercheure au laboratoire EVCAU (EnVironnements numériques et Culture Architecturale et Urbaine).

Elle a co-fondé, avec Jean MAGERAND, le Laboratoire expérimental de la Cité des sciences et de l'industrie, le Mouvement bio-numérique et l’Atelier international expérimental pour la Cité bio-numérique.

Leur travail se situe à l'articulation entre recherche scientifique et démarche expérimentale de projet architectural, urbain et paysager. Il interroge les hybridations possibles entre l’écologique et le numérique, afin de mieux comprendre les mutations méthodologiques que l’architecture est appelée à intégrer dans ses démarches de projet.

Auteurs de multiples conférences et publications comme « Vers les analyses algorithmiques de l’espace et des territoires », Les Cahiers de la recherche architecturale urbaine [En ligne], 3 | 2018, ils sont également à l'origine de nombreux workshops et autres manifestations internationales, dont la dernière en date, « Projeter l'architecture, aux carrefours du numérique et du vivant » (colloque international, Paris) s'est tenue en janvier 2020. Leurs travaux préparatoires au Congrès mondial des architectes Rio 2020 ont reçu le patronage de la Commission Nationale Française de l'UNESCO.

Programmation et présentation.

Thierry Paquot

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Thierry Paquot, philosophe de l'urbain, participe depuis une trentaine d'années au débat sur la ville sur lequel il a publié une soixantaine d'ouvrages. Ses thèmes de réflexion sont la philosophie de l'écologie, les utopies, l'urbanisation planétaire et les rythmes et temporalités qui scandent notre quotidien tout comme nos espérances...

Projections

PAYSAGES

NAOYA HATAKEYAMA

Dans les jours qui ont suivi le grand séisme du Tôhoku (11 mars 2011), Naoya Hatakeyama s’est rendu sur les lieux dévastés et en particulier dans sa ville natale, entièrement détruite par les flots. Il a commencé à réaliser des clichés pour conserver le souvenir de l’événement. Il a ensuite continué à revenir régulièrement sur les lieux pour poursuivre ce travail de mémoire. De cette démarche résulte une série intitulée Rikuzentakata.

Lire le livre
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Né en 1958 au Japon, à Rikuzentakata dans le département d’Iwate, Naoya Hatakeyama vit et travaille à Tokyo. En 1997, il reçoit le Prix de la Photographie Kimura Ihei et le Prix d’Art Mainichi en 2000. En 2001, il participe à l’exposition Fast and slow du Pavillon japonais pour la Biennale Internationale d’Art de Venise. Le Prix du Ministère de l’Éducation japonais lui est également décerné pour son exposition Natural Stories au Musée de la Photographie de Tokyo en 2011, exposition présentée ensuite au Musée Huis Marseille à Amsterdam puis en 2012 au Musée d’Art moderne de San Francisco. Il participe à l’exposition Architecture. Possible Here  ? Home-for-All en 2012 créée dans le Pavillon japonais pour la Biennale Internationale d’Architecture de Venise (lauréat du Lion d’or pour la meilleure participation nationale). Il est élu Ambassadeur de la Culture japonaise à l’étranger en 2015 par le Secrétariat à la Culture japonais. En 2016, il reçoit le Prix du photographe de l’année décerné par la Société Photographique japonaise.

Fordlândia, retour sur un accident programmé.

Suspended spaces

Littéralement « ville Ford », Fordlândia est une company town que l’industriel américain Henry Ford a implanté au cœur de la forêt amazonienne (1928) pour développer une culture intensive d’hévéas dont il espérait extraire le caoutchouc nécessaire à la fabrication des pneumatiques de ses automobiles. La mauvaise évaluation des conditions agricoles, géographiques et humaines sera responsable de l’échec de ce projet moderne, un accident prévisible qui renvoie à tant d’accidents programmés. En été 2018, le collectif Suspended spaces a organisé une résidence embarquée sur un bateau qui a navigué sur le fleuve Tapajós au Brésil, entre Santarém et Fordlândia. Vingt artistes et chercheurs ont séjourné sur place et travaillé avec les restes des usines, des machines et des maisons, des mémoires et des récits, des fantasmes et peut être quelques fantômes. Le récit de cette résidence nous permettra de présenter le travail du collectif Suspended spaces, à partir de territoires qui, à l’instar de Fordlândia, fonctionnent comme des paradigmes des accidents de nos modernités.

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Françoise Parfait est Professeure des Universités en Arts contemporains et médias à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et artiste. Elle a publié de nombreux textes sur la vidéo et les images temporelles, et leur réception (Vidéo : un art contemporain, Regard, 2001; catalogue Collection Nouveaux Médias/Installations, Centre Pompidou, 2006 ; catalogue David Claerbout - The Shape of Time, JRP/Ringier, 2008). 

Eric Valette, est artiste et Professeur des Universités en arts à l’Université de Picardie Jules Verne. Ses recherches s’intéressent aux croisements entre l’art et les différentes représentations du monde proposées par les discours scientifiques (sociologiques, historiques, anthropologiques) ou non scientifiques (contre-culturels, subculturels, militants). Son travail utilise la vidéo, le dessin et la conférence-performance. Il collabore aussi avec le chorégraphe Mauro Paccagnella (Bruxelles), pour des installations et spectacles.

Françoise Parfait et Éric Valette sont membres fondateurs du collectif Suspended spaces (2007), plateforme de recherche en arts qui s’intéresse à des espaces géopolitiques hérités de la modernité dont l’histoire et le devenir sont « incertains ». Ils ont co-dirigé les quatre publications de ce projet : Suspended spaces # 1 Famagusta, Black Jack éditions (2011) ; Suspended spaces # 2 Une expérience collective, Black Jack éditions, (2012), Suspended spaces # 3 Inachever la modernité, Éditions Beaux-Arts de Paris (2014) ; Suspended spaces # 4- Partage des oublis, Sistema Solar (2018). Ils travaillent en ce moment à une nouvelle publication consacrée à Fordlândia (Presses du Réel).

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